Depuis le début du site, je n’ai écris aucune chronique négative. Après tout, me suis-je dis, c’est mon site, mon plaisir, pourquoi est ce que je m’infligerais ça ? Et puis hier, je me suis dis qu’il était de mon devoir de me soulager d’un poids. Un poids pesant, prenant, dont je dois me libérer aujourd’hui. Et je vais tout d’abord conclure cette introduction par un aveu que j’assume totalement : J’aime Damien Saez.

  • Mon plaisir n’est jamais coupable

J’aime Damien Saez et je n’en ai d’ailleurs pas honte. Autour de moi, et peut être autour de vous qui lisez cette chronique, Saez est devenu un peu une sorte de running bash. A l’instar de Muse, il est devenu de bon ton de moquer le personnage, souvent sans de réels arguments, oubliant qu’il a parfois été notre idole d’une époque. J’ai toujours eu du mal avec cette manière de renier son passé et ses goûts d’antan. Bien entendu, on peut prendre du recul sur une œuvre et la reconsidérer avec le temps. Mais je trouve dommage, et même un peu cliché, de lire beaucoup de mes amis trentenaires cracher systématiquement sur ce qui a fait leur jeunesse. Grandir et aimer ses goûts adolescents n’est pas incompatible que diable.

Pour ma part, j’ai donc toujours aimé Saez. L’artiste n’a d’ailleurs plus grand-chose d’adolescent pour moi, puisque ses thèmes et ses albums ont toujours gagné en maturité avec le temps qui passe. Nombreux sont ceux à le taxer de démago gauchiste etc etc mais là encore, je ne comprends pas. Il enfoncerait des portes ouvertes me dit on ? La connerie humaine enfonce souvent des portes ouvertes, et les mêmes qui plus est, pourquoi ne devrait il pas les dénoncer? Est-ce qu’il y a réellement dix milles manières de dénoncer les choses ? D’autant plus si les choses dénoncées ne font que se répéter ? J’en doute quelque peu.

Musicalement enfin, j’ai toujours eu énormément de respect pour ses projets et ses envies. Clairement mégalo, puisque le bonhomme a déjà sorti 1 double album, 2 triple album, et s’apprete à en ressortir un nouveau, on peut difficilement taxer sa carrière de facile et opportuniste.

Tiens, prenons un exemple, lorsque le mec a annoncé un album en anglais. Il en met des extraits sur le net, tout le monde trouve ça cool, c’est génial et soudainement le mec se fait larguer. Clairement détruit par la chose, il compose en 15 jours un triple album, reporte son album anglais et sort le triple album à la place. Pourquoi ? Honnêteté intellectuelle, besoin d’exorciser les choses. Vous trouvez ça facile ? Aussi facile que de faire des tournées complètes sans réelle grosse promo derrière ? Et sans jamais recapitaliser sur un passé musical qu’il ne joue que très peu en concert ? J’ai connu plus simple, vraiment.

J’ai connu aussi bien plus simple que de poser à coté d’une plaque en fer, je ne vous le cache pas.

  • Le Manifeste

Mais passons aux choses sérieuses. Il y a quelques temps de cela, l’ami Saez annonça son nouveau projet. Appelé Le Manifeste, je ne vais pas mentir sur ma première impression vis-à-vis du projet : Je n’ai RIEN compris. Il m’était totalement impossible de savoir s’il s’agissait là d’un concept album, d’un album simple, d’un double ou triple ou s’il s’agissait de plusieurs albums sortant dans l’année. Le thème derrière ça semblait être une réaction aux attentats du 13 novembre, ce qui est tout fait louable, mais le concept proposé restait flou.

De plus, il est à noter que l’expérience complète proposée ne semblait accessible qu’a ceux qui choisissaient de faire confiance à l’aveugle au personnage en donnant 60 euros pour adhérer au Manifeste en question. Alors dans l’idée, 60 euros c’est une somme que je peux concevoir pour adhérer à un projet mais… Encore faut il que son contenu soit clair.

N’ayant obtenu que peu de réponses a même de me convaincre, j’ai donc gentiment attendu la sortie de cette première partie pour apprécier la chose. Les premiers extraits dévoilés, sans me transcender, ne m’avaient pas réellement déplu. Avec Saez, ç a a toujours été un peu comme ça de toute manière. En dehors de son album tout en anglais, aucun album ne m’a transcendé de par ses extraits. Il y a toujours pour moi un petit temps d’accoutumance, puis une profondeur qui ne se revele qu’a travers plusieurs écoutes. Il n’y avait pas de raison pour que ce ne soit pas le cas une fois de plus.

Damien semble tenter de mettre le doigt sur quelque chose… Avec ou sans succès?

  • L’immense surprise de la déception

Mais alors du coup, qu’est ce qui m’a déplu dans cet album ? A peu près tout, en dehors la piste d’ouverture. ‘’Mon Pays je T’écris’’ est une fort belle chanson, typique du personnage mais joliment écrite. Cette fois encore, on y trouve tout ce qui fait le charme du personnage : une écriture un peu typique, une certaine simplicité et sincérité . Le texte est touchant, envoûtant, fait très joliment écho aux événements de 2015. Jusque là, tout va donc bien et ces presque 9 minutes augurent du meilleur. Alors, oui, 9 minutes, c’est long. Mais c’est quand c’est bon, on ne va pas bouder son plaisir.

Le second morceau semble marcher sur les pas du premier, toujours dans une orchestration piano voix d’une jolie sobrieté. Et la sobrieté, ça a du bon, c’est indéniable, n’ai-je d’ailleurs pas déjà parlé une ou deux fois de ‘’less is more’’ sur ce site ?

Sauf que, lorsque la sobrieté devient un systématisme, elle se transforme très rapidement en problème. Lorsque le troisième titre arrive, laissant la guitare prendre la place du piano pour un arpege minimaliste, je m’interroge. Les quatres titres suivants vont-ils être à l’avenant ?

Saez ne chante que très peu jusque là, déclamant des textes joliment écrits mais usant de lieux communs que bien trop connu de ses amateurs. Coller à un thème est une chose, exploiter ce thème en est une autre. Rapidement, les tics d’écriture semblent se reperer avec un peu trop de facilité pour créer la richesse habituelle des albums précédents. Et la moitié de l’album est déjà là une fois que le quatrième titre, encore une fois très répétifif, se finit.

Et il semblerait que ce ne soit pas la seule chose de perdue…

  • La résignation

Je me laisse alors porter jusqu’à la fin de l’album en mode automatique. Les derniers morceaux sont toujours aussi léger musicalement, ni jamais réellement mauvais, ni jamais réellement impactant. Rien ne relève rien, rien ne semble marquer une quelconque émotion, tout est monocorde. Peut être que cela fait partie d’une volonté de marquer l’hébétement post attentat. Peut être, ou peut être pas, qui sait ? Dans le doute, je me fie à mon instinct et celui-ci n’est guère emballé.

Le piano revient sur l’avant dernier morceau, me faisant me demander s’il s’agit d’une réécriture du morceau d’ouverture ou pas. Je vérifie, je m’étonne, ce n’est pas le cas. Je me surprends d’autant plus en lisant le titre du dernier morceau, nommé ‘’Le Dernier Disque’’. Très honnetement, si c’est pour en faire d’autres comme ça, peut etre vaut il mieux faire de ce disque le dernier en effet.

L’album fini, pour la première fois, je n’ai aucune envie de le relancer. Je l’ai pourtant fais pour écrire cette chronique, avec l’espoir d’y trouver quelque chose à en tirer, mais ce fut vain.

Apprenant tout récemment que l’acte II de ce Manifeste sera un triple album, je ne peux qu’exprimer mes craintes sur la teneur de celui-ci. Au vu des trois titres bonus faisant office de prélude à l’album en question, celui-ci n’a pas réellement l’air de s’annoncer très différent de cet acte. Alors bien sur , ce n’est que 3 titres sur probablement une trentaine. Mais l’idée d’une prélude est de donner envie d’en découvrir davantage, non ? Ce n’est pas le cas pour moi malheureusement.

Allez, on laisse tomber les jolis photos et on retourne écrire des bonnes chansons hein

  • La Conclusion

Alors pour conclure, vous l’aurez compris, je suis déçu. Que ce soit dans l’écriture, les textes, les formulations, les figures de style, les métaphores, tout cela est fainéant. Et ça m’attriste de me dire que le 10 mars, je ne me jetterais probablement pas sur le triple album. Ça arrive ma foi, personne n’est parfait, et au bout de 8 albums, il est loin d’être honteux de connaitre un baisse de régime. Mais j’ose espérer que la suite sera plus riche, plus profonde et plus travaillé. Car si Saez ne deviendra pas mon running bash personnel, je ne peux malheureusement pas le défendre pour cette fois.

Rendez vous donc un peu plus tard !

La Bonne Bise

Disponible à la commande si vous y tenez vraiment. Pour ma part je vous laisse avec ma chanson préférée du monsieur, qui n’est sur aucun album. C’est bien dommage