Il fut un temps, béni, où les jeux vidéo sortaient finis. Il n’y avait pas de DLC, pas de correctifs, pas d’ajustement X ou Y de tels paramètres après sa sortie. Il fut un temps, lointain, où les jeux vidéo répondaient à une vision artistique bien plus qu’à une vision commerciale. Ces jeux étaient l’œuvre d’un auteur, ayant à cœur de proposer une expérience d’exception au joueur. The Last Guardian fait partie de ces jeux. Il en est même l’un des plus beaux représentants. Et il est sorti en fin d’année dernière.

  • Toujours garder espoir

Dire que le développement du jeu a été compliqué est un joli pléonasme. Annoncé aux alentours de 2008, reporté sans cesse, changeant de support puisqu’à la base prévu sur PlayStation 3, le projet a su se faire désirer. Parfois, il a même pu se faire oublier par certains, à l’instar d’un certain Final Fantasy Versus XIII/XV. Avec cependant, une concrétisation très différente, Dieu merci !

C’est que Fumito Ueda, l’homme derrière ce beau projet, n’en est pas à son premier chef d’œuvre ! Déjà auteur de Ico et Shadow Of Colossus, l’artiste est de ceux qui se font rare mais précieux. Sa personnalité se retrouve ainsi en total accord avec ce qu’il propose artistiquement : de la sincérité, de la pureté, de la simplicité et de la sensibilité.

Le Maître

  • Savoir créer des liens

Au cœur des productions de monsieur Ueada, on trouve l’idée de relation. Il y a bien sur celle entre le héros et le joueur, mais bien au delà de ça, il y a celle qui nous est montré à l’écran. Dans Ico, il s’agissait du lien unissant un petit garcon à une diaphane jeune fille d’origine inconnue. Dans Shadow of Colossus, on assistait aux liens éphémères se créant entre le héros et les multiples colosses qu’il affrontait.

Ici, la relation se situe en quelques sortes à mi chemin entre les deux jeux. On contrôle à nouveau un petit garçon, qui se retrouve cette fois ci lié à un gigantesque animal d’origine inconnue. Lorsque le jeu commence et que l’on se retrouve à coté de cette bête, on ne sait en effet rien d’elle. Elle semble blessée, mais on ne sait pas pourquoi. On ignore également tout du lieu où débute cette histoire. Tout est alors vierge pour y poser de nombreux éléments.

La seule chose que l’on sait avec certitude à ce moment tient dans la voix du narrateur, qui n’est ni plus ni moins que le petit garçon, bien des années après le jeu. L’histoire s’est donc terminé pour lui, il a su sortir d’ici, et retrouver sa famille. Mais comment ? Pourquoi ? Par quel moyen ? C’est ce que va nous faire découvrir le récit.

L’animal et le garçon

  • L’impact immédiat

Il ne faut pas plus de quelques minutes pour que certaines choses nous sautent aux yeux. Déjà, c’est très beau, vraiment. Alors certains pinailleurs viendront toujours nous dire que les textures semblent moyennes sur le huitième pixel inférieur droit de l’écran, ou bien que les fps freezent sur le framerate indexé du moteur. Mais à ces gens, on ne répondra rien d’autre qu’un court mais efficace ‘’merde’’. Le jeu est beau, vivant, rendant justice à une direction artistique absolument merveilleuse.

Pour ma part, à chaque nouvel endroit, je prenais naturellement quelques minutes pour l’observer. Les lieux semblent déborder d’histoire et d’un passé qui ne demande qu’ être effleuré. Quel age à cet endroit ? Qui l’a construit ? Des gens ont-ils vécus en ces lieux ? Les questions sont multiples et les réponses sont parfois impalpables, il faut le savoir.

L’autre élément frappant est le soin apporté à la bête qui nous accompagne. Que ce soit dans son regard, dans ses attitudes, ses bruits ou ses réactions face à certaines choses, tout force le respect. Trico n’est pas seulement un avatar, c’est un être virtuel vivant. Il est là devant nous, avec ses émotions, et son comportement que l’on doit apprivoiser. C’est réellement fascinant d’assister à ça.

La contemplation

  • L’intelligence du gameplay design

Au niveau de son gameplay pur et simple, The Last Guardian propose quelque chose qui se fait bien rare aujourd’hui. Tenez vous bien, la nouvelle est de taille : Le jeu propose au joueur de… Jouer. Et si cette nouvelle vous parait étrange, il s’agit de rappeler ce dont 95% des jeux sont aujourd’hui fait.

Partout, on nous indique le chemin à suivre, par surbrillance, ou par une flèche plus ou moins discrète. On nous met bien en évidence la solution d’un puzzle ou les éléments servant à sa résolution. Partout, absolument partout, le joueur est sans cesse assisté. Il fut un temps où ça n’existait pas pourtant, il fut un temps où il fallait s’impliquer dans un jeu pour en découvrir sa résolution. C’est ce que propose The Last Guardian.

Ce qui vous permettra de franchir un obstacle ne vous sera jamais mis sous le nez. Vous êtes bloqué dans une salle ? Allez y, réfléchissez, observez les alentours, la solution est peut être sous vos yeux. Que feriez vous à la place de l’enfant ? Et surtout, comment allez vous communiquer avec Trico, cette adorable boule de poils géante dont vous ne savez rien ?

C’est la que se situe l’autre force du gameplay. Certes celui-ci vous laisse chercher vos propres solutions aux problématiques du jeu, mais celui-ci vous laisse aussi le loisir de chercher comment communiquer avec la brave bête qui vous accompagne. Plus d’une fois donc, il faudra chercher à comprendre comment attirer son attention, comment l’amener à effectuer telle action, ou à agir sur tel élément du décor. Et c’est tout aussi fascinant que le reste.

Apprendre à apprendre, l’un de beaux messages du jeu

  • L’importance de la perception

Si l’on peut pointer quelques petits soucis de caméra ici et la, ils sont si minoritaires qu’au regard de l’expérience, ils ne sont rien. Cependant, il est fort amusant de constater que ce qui relève purement de choix de gameplay soit parfois pointés comme des défauts par certains testeurs.

On peut lire ici et la que Trico ne réagit pas bien vite aux sollicitations du joueur, que son comportement est parfois un peu illogique ou erratique… La belle affaire ! #Elections2017 #PrivateJokeUltraCiblee

C’est justement dans les errances de comportement de Trico que se situe toute la maîtrise de Fumito Ueda ! Quel animal réagirait au quart de tour aux sollicitations d’une personne qu’il ne connait pas ? Et dont il ne comprend probablement pas la langue qui plus est ! Et qu’est ce qui est plus beau que de voir ces deux êtres se comprendre de mieux en mieux au fur et a mesure des épreuves qui les lient ?

Je ne peux m’empêcher de rire encore lorsqu’au début du jeu, voulant indiquer à Trico un endroit en hauteur où je désirais aller, celui-ci est parti sans même me laisser le temps de l’attraper. Je me suis donc retrouvé seul, sans moyen de grimper, faisant des pieds et des mains pour le faire revenir vers moi, ce qu’il a finalement compris assez rapidement.

Je ne peux m’empêcher d’être encore ému face à certaines caresses qu’il sollicitait suite à un événement un peu riche en sensations. Son besoin d’être rassuré par le héros est à chaque fois touchant, et certains de ses regards ne trompent pas sur les liens les unissant chacun. L’émotion est réelle, palpable et probablement inédite jusque la dans un jeu vidéo.

Trico, dans toute sa force et sa faiblesse

  • Une œuvre d’art vidéoludique ? Non, une œuvre d’art tout court

En étant également servi par une bande son discrète et tout le temps judicieuse, ainsi qu’un sens de la narration se contentant du minimum pour distiller son message, The Last Guardian vise juste à tout niveaux. Chaque seconde du jeu est un plaisir, une poésie dont on se délecte avec la sensation de vivre un moment privilégié.

Ce jeu se doit d’être joué. C’est une nécessité réelle pour saisir la chance de se reconnecter à de belles choses. Il est bien plus qu’un bon jeu vidéo, bien plus qu’un chef œuvre dans son domaine. Il est une œuvre d’art, dans toute son entièreté, propulsant son créateur parmi les plus grands.

Merci à vous Monsieur Ueada, et prenez tout le temps que vous voulez pour votre prochain jeu. Vu votre courbe de progression, il ne pourra être que fantastique !

La Bonne Bise