Takamasa Ishihara est Miyavi. Ceci n’est pas une formule de type ‘’Nine Inch Nails is Trent Reznor’’ (ou l’inverse, je ne sais plus), mais une réelle information sur ce japonais de 35 ans. Le guitariste, de plus en plus chanteur mais aussi parfois acteur, a sorti l’année dernière son dixième album. Ce n’est pas rien dix albums ! Est-on toujours aussi pertinent après un si grand parcours ? La réponse n’est pas très loin, vous vous en doutez.

  • Evidemment, petit rappel des faits.

Comme il se plaisait à le rappeler très souvent, Miyavi est un guitariste avant d’être un chanteur. Débutant dans Dué Le Quartz, groupe un peu cliché de visual kei, l’artiste a sorti son premier album solo en 2002. C’était alors très différent de son groupe d’alors, mais aussi de ce qu’il fait aujourd’hui. Joué de A à Z par le monsieur, ce premier effort était plutôt très violent, complètement barré et assez ‘’physique’’ à écouter. Pour terminer, il faut bien noter une évidence : Miyavi ne chantait pas vraiment sur tout ça, se contentent d’hurler, de grogner, ou de murmurer, le tout d’une voix encore bien peu nuancée.

Et puis le temps a passé, emportant avec lui timidité et manque de confiance. Le charmant jeune homme s’est donc affirmé et ses influences se sont diversifiées, ainsi que son jeu. Les disques se sont enchaînés, parfois plus rock, plus pop, ou même acoustique. Certains albums furent enregistrés en solo, d’autres en duo, et certains en groupe. Et comme si tout cela n’était que les différentes étapes d’un long chemin, c’est avec fierté que le monsieur nous sort son extraordinaire dixième album aujourd’hui.

La Classe. La Concentration. Legal. Le Goût.

  • Un artiste épanoui, ça fait plaisir quand même

Je repose ma question posée en introduction : est-on légitime après dix albums ? Dans le cas présent, oui, totalement, et plus que jamais. Comment est ce possible ? Comment Miyavi peut il réussir là où beaucoup échouent ? Une seule et unique réponse s’impose : le plaisir. Ce disque transpire l’épanouissement. En quelques sortes, il est ce que tout album devrait être : une œuvre spontanée, soignée, brute et réfléchie à la fois.

Depuis le début, chaque album semble répondre à une problématique posée par l’album qui le précède. Un album acoustique dépouillé sort une année, le suivant sera en groupe et plus arrangé. Un opus en duo assez rock se présente ? Le suivant contiendra des arrangements plus éléctro, etc etc… Il s’agit donc de lier, à chaque album, une envie ponctuelle à un univers déjà existant et cohérent.

Etant dans une phase un peu plus ‘’produite’’ depuis le lancement de sa carrière américaine entre 2013 et 2015, le premier titre donne le ton. Commençant sur un clavier très eighties auquel semble répondre une voix teintée d’effet ‘’spatiales’’, le morceau laisse penser à une introduction douce et progressive…. Ça pourrait être le cas et laisser penser que la guitare de Miyavi sera relayée au second plan. Mais voilà, lorsque le refrain arrive, c’est l’explosion. La guitare est bien là, puissante, précise et noisy à la fois. La douceur des couplets revient alors quelques instants avant que le refrain nous assomme de toute sa grâce.

Et lorsque vous pensez en avoir assez, c’est un final tout en groove electro rock qui remplit votre cœur de générosité. En un titre, le mec s’impose. Respect.
Commençant par quelques arpèges vaguement dissonants, le second titre impose un rythme tout aussi puissant que sa production. Ça sonne fort, mais avec une certaine subtilité, mettant en avant ce qu’il faut au bon moment. La guitare tout d’abord, les harmonies des refrains et cet impeccable solo à 2 minutes, ni trop démonstratif, ni trop long mais simplement … Musical. Tout est en place pour passer un bon moment.

Généreux dans sa musique, comme dans son partage avec d’autres artistes, Miyavi laisse le chant à une certaine Rosie Bones pour la piste suivante. Toute en sensualité, le titre alterne des moments assez éloquents à des passages plus rentre dedans, chacun semblant nourrir l’autre. Le riff est ultra efficace et met en avant une sensation assez grisante : tout en choisissant de chanter en anglais, tout en assumant une production massive très américaine, jamais la guitare de Miyavi n’a sonné si japonaise. Constatez plutôt à partir de 2 minutes 30 !

  • La générosité toujours !

Après un ‘’Raise Me Up’’ ultra efficace, Miyavi laisse encore son micro. C’est un certain Lenny Skolnik qui s’en empare, enrobant de sa voix androgyne un autre grand moment de guitare orchestrée par qui vous savez. C’est dansant, c’est puissant, c’est encore une fois savamment noisy, et c’est encore une fois un vrai plaisir.

‘’Afraid To Be Cool’’ voit Miyavi revenir au chant pour un résultat également très dansant. Single ultra efficace, il donne à l’album un vrai coup de fouet pop à ceux qui auraient pu se sentir désorienté par les pistes précédentes. L’attention de l’auditeur regagnée, on peut enchainer sur un autre morceau du même acabit pour transformer l’essai. Et ceci fait, on peut passer à ‘’Steal The Sun’’, qui est surement la grande réussite du disque, avec un refrain d’une beauté pure inouïe. A noter que la superbe mélodie solaire met à profit toute l’expérience de Miyavi en tant que chanteur. Le chemin parcouru depuis le premier album est énorme !

‘’Long Nights’’ propose un climat sonore similaire, tout en lumières. ‘’It’s so good to be alive’’ chante Miyavi dans ‘’Hallelujah’’, la dernière chanson du disque. Au vu de l’énergie positive que dégage cet album, on le croit sur paroles !

Le mec est à l’aise, le mec est à poil (ou presque)

  • Et puisqu’il faut finir…

Pour les plus gourmands, une piste bonus propose un délire instrumental loin d’être déplaisant en fin d’album, sorte d’outro bonus de fort bon gout. Ce n’est ni indispensable ni l’inverse, mais c’est vraiment cool.

Et concernant l’album, vous l’aurez compris, c’est une réelle réussite. L’équilibre et l’intelligence des choix artistiques propulsent cet opus comme le meilleur de l’artiste. C’est à la fois très accessible, grâce à une vrai sensibilité pop et jamais trop facile, et à la fois plutôt pointu pour les amoureux de belle production et de guitare. Ce n’est jamais démonstratif, toujours très musical et surtout toujours terriblement généreux !

Alors oui, milles fois oui, on peut en être à son dixième album et être toujours aussi pertinent. Et en ce qui concerne Miyavi, il y a fort à parier que cette constante progression n’est pas prête de s’arrêter !

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