On parlé du jeu 16 bit, on a parlé de l’anime, parlons maintenant du film. Kingsglaive se passe donc avant, mais aussi pendant, le début du jeu Final Fantasy XV. Bon en fait, il se passe plutôt avant. Mais aussi un peu pendant, c’est vrai. Mais ça reste quand même relativement avant. Quoi qu’il en soit, c’est plutôt bon. Et je vous explique pourquoi dans l’article qui va suivre.

  • L’officieuse version officielle

Une des raisons principales faisant de Kingsglaive un bon film se résume en un nom : Final Fantasy Versus XIII. Le projet initial de Nomura, prévue à la base pour être une trilogie est en effet l’atout majeur du film, pour la simple et bonne raison qu’il en est la représentation la plus proche. Étrange, n’est ce pas ? Ne serait pas normalement le rôle du jeu en lui-même ? Si la réponse se voudrait positive, je ne vous mentirais pas sur le fait que la réalité est tout autre.

Officiellement, Kingsglaive a été transformé en film pour ne pas handicaper le rythme du jeu principal en raison de sa densité. Si l’entreprise pourrait être louable, on peut se demander la raison de la présence d’extraits de Kingsglaive rajoutés à la dernière minute dans le jeu principal. Mais ce n’est pas la seule question que l’on se posera sur le jeu, vous verrez.

Officieusement, le film est un concentré du premier volet de la trilogie Versus XIII. On y retrouve d’ailleurs plus d’une scène adaptée des premières ébauches du jeu. Et au vu de la qualité assez exceptionnelle du rendu, on ne peut que se poser milles questions sur la pertinence de cette adaptation qui aurait, encore une fois, méritée d’être un vrai jeu.

  • Un départ sur les chapeaux de roue

Au niveau du scénario, tout commence lors d’une bataille assez imposante entre Nilflheim et Insomnia. On suit Nyx Ulric, l’un des membres du Kingsglaive, l’armée personnelle du roi d’Insomnia, Régis. La bataille fait rage, Niflheim sort la grosse artillerie, c’est la fête.

Après cette bataille qui aura laissé le meilleur ami de Nyx, Libertus, blessé, le constat suivant est fait : Insomnia est trop faible pour esperer battre un jour Niflheim. La technologie utilisée par ces derniers est trop puissante face à la magie d’Insomnia et un accord doit être trouvé. Le Roi Régis accepte alors de signer un traité de paix, plaçant Insomnia sous la tutelle de ses ennemis pour arrêter la guerre.

L’une des conditions du contrat concerne directement Noctis, le fils de Régis, qui devra se marier avec Lunafreya, princesse de Tenebrae (un royaume annexé par Niflheim) pour symboliser cette union nouvelle. Régis accepte, fait venir Lunafreya à Insomnia, mais bien évidemment, tout ne va pas se passer comme prévu. Pour le spectateur cependant, si tout semble se passer comme prévu, il découvrira rapidement que ça ne va pas durer

Nyx, héros prometteur mais qui restera juste prometteur, et Lunafreya 2.0 qui restera cantonnée au film

  • Une belle accroche

Scénaristiquement, l’accroche fonctionne parfaitement, tout comme le reste du film. Le rythme narratif du film est très bon, ne laissant aucune place à l’ennui, alternant intelligemment les ambiances immersives.

On s’attache rapidement au personnage, autant par leur design que par leur humanité. Nyx semble posséder une rage contenue assez intriguante, tout comme Libertus, cependant plus expressif. Régis est un roi dégageant un charisme certain et Lunafreya véhicule une image de femme forte assez grisante. Que demander de plus ?

Alors bon, on peut sourire face à l’empereur Iedolas de Niflheim et son chancelier Ardyn, bien trop peu subtilement désigné pour douter une seconde de leur statut d’antagonistes. Mais les deux personnages sont suffisamment bien exploités pour rester intéressants.

Le Roi Régis, ou comment sous exploiter un autre perso principal ultra charismatique dans un univers prometteur, mais bancal.

  • Une belle accroche qui décroche

Alors finalement, qu’est ce qui ne va pas ? Qu’est ce qui amène à se poser milles questions comme l’évoquais je en début d’article ?

Dans un premier temps, il y a, en parallèle d’une certaine admiration devant le film, une frustration à ne pas pouvoir le ‘’jouer’’. Nyx et l’ensemble du Kingsglaive possédant les mêmes pouvoirs que le Roi et Noctis, la bataille du début du film n’aurait elle pas fait un excellent tutoriel ? Et n’aurait il pas été grisant de pouvoir visiter Insomnia ?

En dehors, le statut du film pose quelques questions qui resteront sans réponses. Sa durée ne permet que d’entrevoir certaines choses, ce qui est bien dommage. On aurait aimé assister à plus de batailles du Kingsglaive, en apprendre sur les héros, qui sont certes attachants, mais trop peu présents dans l’univers du jeu.

Parce qu’encore une fois, Kingsglaive souffre du syndrome du monde parallèle. King’s Tale nous contait de vagues aventures oubliées d’un Régis jeunot, Brotherhood des anecdotes oubliables de nos héros principaux, Kingsglaive fait plus fort encore. Le film semble se dérouler TOTALEMENT dans un univers parallèle, en étant parfaitement cohérent avec lui-même, mais totalement incohérent avec tout le reste de la ‘’saga’’.

Oh le beau monstre clin d’oeil à Final Fantasy VII … qu’on ne reverra plus jamais….

  • Final Fantasy Sliders, les mondes parallèles II

En effet, Kingsglaive trahit son statut de meilleure adaptation du travail de Nomura à deux niveaux. Positivement, car le nombre de références et de scènes caractéristiques de l’œuvre telle que l’on nous l’avait vendu fait réellement plaisir à voir. Négativement, car le film un réel problème de continuité avec le jeu.

Déjà au niveau des designs et des des doublages. Je l’avais déjà évoqué dans l’article sur Brotherhood, mais la Lunafreya de ce film n’est ni celle de l’anime, ni celle du jeu. Au niveau design, elle semble assez proche de celle de l’anime et ce également au niveau de son écriture. Mais au niveau du jeu, le personnage n’a rien à voir, visuellement et structurellement. A tel point qu’une fois passé au jeu, il est même difficile de comprendre nombre des motivations du personnage, qui semblent avoir changé entre temps. Ajoutons donc à ça une doubleuse américaine différente du jeu et de l’anime et le tableau est complet.

Le même phénomène s’applique d’ailleurs à Régis, changeant de doubleur en version américaine. C’est sympa d’avoir mis Sean Bean pour le doubler, mais c’est dommage que ça vienne créer un décalage avec le reste…

Il en est de même pour Ravus, restant le même au niveau visuel, mais n’ayant rien à voir dans le fond de son écriture. On notera également les très belles promesses d’écriture au niveau de Iedolas, qui seront balayés d’un revers de la main dans le jeu pour laisser place à Ardyn.

Et puis surtout, SURTOUT, pourquoi présenter des choses dont il ne sera JAMAIS question dans le jeu final ? Où se passe la bataille au début du film ? Aucune idée. Où se situe la ville dont sont originaires Nyx et Libertus ? Aucune idée. Et quand je dis ça, ce n’est pas pour exagérer. A la fin du film, Libertus donne rendez vous à Lunafreya dans sa ville d’origine. C’est cool. Sauf que l’on ne visitera JAMAIS cette ville au cours du jeu. Elle n’est même pas mentionné une seule fois !

D’ailleurs, pourquoi laisser sous entendre une part sombre dans le Royaume d’Insomnia et leur utilisation douteuse des immigrés de Galaad (la ville fantôme de Nyx et Libertus), pour ne jamais rien en faire de tout le jeu ?

Vous l’aurez compris, si les problématiques et le film fonctionnent très bien seuls, l’ensemble pose un vrai problème dans la proposition cross media.

Insomnia, une ville fantastique dont on ne verra rien. Jamais. Dans aucun des volets de l’oeuvre

  • A considérer avec la plus grande prudence

Alors au final, le constat est à la fois positif et négatif. Kingsglaive est un bon film, posant les bases d’un univers riche et cohérent avec une vraie proposition artistique. Il donne à rêver et à réfléchir et en cela, il est réussi.

Seulement, comme rien de tout ça ne respecté par sa ‘’suite’’, cela donne un gout amer à ce qui nous est proposé.

Kingsglaive doit il donc être conseillé comme œuvre seul inachevée ? Probablement oui, même si c’est douloureux à dire ! Faites vous donc votre avis, mais s’il y a bien une unique chose à garder de toute cette mascarade, c’est bien ce très bon film !

La Bonne Bise